Ils laissent une ferme de 617 hectares à la nature : 5 ans après, ce bond de biodiversité sidère les scientifiques
Pendant des années, cette immense ferme anglaise a surtout produit des céréales et du colza.
Puis ses nouveaux propriétaires ont décidé de changer complètement de méthode et de laisser davantage de place à la nature. En quelques années seulement, le paysage a commencé à se transformer.
Alors, que se passe-t-il vraiment quand on arrête de cultiver plusieurs centaines d’hectares ?
Les résultats obtenus à Boothby Wildland donnent une réponse assez spectaculaire.

En bref
- 617 hectares de terres agricoles ont été progressivement retirés de la production.
- Les indices de biodiversité ont augmenté de 108 % entre 2023 et 2025.
- L’expérience mise désormais sur la nature, le stockage du carbone et les crédits de biodiversité.
L'achat d'une ancienne ferme "intensive" de 617 hectares

Au départ, rien ne distinguait vraiment Boothby Wildland des grandes exploitations agricoles du Lincolnshire.
Située en Angleterre, cette ferme de 617 hectares était auparavant consacrée à une agriculture intensive. Les terres étaient principalement utilisées pour produire des céréales, avec des rotations de cultures et un drainage important des parcelles.
Les haies et les milieux naturels avaient aussi une place limitée.
En décembre 2021, l’entreprise britannique Nattergal rachète le domaine.
Son objectif est alors très différent : transformer cette ancienne ferme en vaste espace de restauration de la nature.
La transition ne s’est toutefois pas faite du jour au lendemain.
Les cultures ont été progressivement arrêtées et la dernière récolte n’a eu lieu qu’en septembre 2024.
Ensuite, certaines parcelles ont été laissées à la recolonisation naturelle. D’autres ont fait l’objet d’interventions destinées à recréer des habitats plus favorables à la faune et à la flore.
Autrement dit, laisser une terre agricole « au repos » ne signifie pas forcément ne plus jamais intervenir.
Ici, l’idée est plutôt de réduire fortement la pression agricole pour permettre aux écosystèmes de se reconstruire.
L'arrêt des cultures a favorisé la biodiversité

C’est justement lorsque les activités agricoles diminuent que le paysage commence à changer sous nos yeux.
Sans labour régulier ni semis destinés à produire une récolte, les anciennes parcelles évoluent progressivement vers une mosaïque de prairies, de broussailles, de bosquets et de zones humides.
Les plantes spontanées peuvent revenir, puis elles attirent à leur tour insectes, oiseaux et petits mammifères.
Mais à Boothby Wildland, le travail est allé plus loin. Des mares ont été recréées, certains anciens drains ont été supprimés et 2,1 kilomètres de la rivière West Glen ont été reconnectés à un fonctionnement plus naturel.
Quatre castors ont également été introduits afin de recréer des zones humides grâce à leurs barrages.
Les premiers chiffres sont particulièrement intéressants.
Le suivi réalisé sur le site indique une hausse moyenne de 108 % des indices de biodiversité entre 2023 et 2025.
La diversité en espèces a également progressé d’environ un tiers, avec le retour ou la présence plus fréquente de plusieurs oiseaux des campagnes, comme la perdrix grise et la caille.
Cela montre surtout une chose : lorsqu’un milieu agricole très simplifié retrouve des espaces variés, la biodiversité peut repartir relativement vite.
Évidemment, cela ne signifie pas qu’une ferme abandonnée devient automatiquement un paradis naturel en cinq ans. Le résultat dépend du sol, du climat, de l’histoire du terrain et surtout des aménagements réalisés.
Un nouveau modèle économique... est-il viable ?

Laisser une ferme au "naturel" pose évidemment une question très concrète : comment financer une telle transformation ?
Une terre qui ne produit plus de céréales ne génère plus les mêmes revenus agricoles. Boothby Wildland expérimente donc un autre modèle économique, fondé sur les services rendus par les écosystèmes.
Le domaine cherche notamment à valoriser le stockage du carbone et les gains de biodiversité.
Au Royaume-Uni, le mécanisme de Biodiversity Net Gain permet ainsi de créer des unités de biodiversité pouvant être achetées par certains aménageurs. Le projet s'appuie également sur des crédits carbone.
L’eau est elle aussi devenue un élément central. Les nouvelles mares et les zones pouvant temporairement accueillir davantage d’eau augmentent la capacité de stockage du site. Selon les premières estimations communiquées pour le projet, plus de 4 000 m³ de stockage supplémentaire auraient ainsi été créés.
Alors, faut-il abandonner l’agriculture pour sauver la biodiversité ? Évidemment, non.
L’expérience sur ces 617 hectares montre plutôt qu’une partie des terres agricoles peut retrouver une vraie fonction écologique, notamment dans les zones où la production est moins rentable.
Le véritable défi sera maintenant de savoir si ce modèle peut fonctionner à grande échelle sans réduire excessivement les surfaces consacrées à la production alimentaire. Boothby Wildland est donc moins une recette toute faite qu’un laboratoire grandeur nature pour imaginer les campagnes de demain.
À votre tour...
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