Des chercheurs pensent avoir identifié l'une des causes possibles de l'autisme

Par , il y a 4 heures

Des chercheurs pensent avoir identifié l'une des causes possibles de l'autisme

Pendant la grossesse, le corps de la future mère orchestre une multitude de transformations invisibles.

Son alimentation, ses hormones et son système immunitaire participent au développement du bébé.

Mais un autre acteur, longtemps resté dans l’ombre, intéresse désormais les chercheurs : le microbiote intestinal.

Une expérience menée sur des souris suggère que certaines bactéries présentes avant la grossesse pourraient modifier la réponse immunitaire maternelle.

Cette réaction pourrait ensuite avoir des conséquences sur le développement cérébral des petits.

Une piste intrigante, qui doit toutefois être interprétée avec beaucoup de prudence.

une échographie d'un bébé pendant la grossesse

En bref

  • Chez des souris, la composition du microbiote maternel a modifié les effets d’une inflammation sur les petits.
  • Une molécule immunitaire appelée IL-17A semble jouer un rôle important dans ce mécanisme.
  • Aucun lien de cause à effet comparable n’a encore été démontré chez les femmes enceintes et leurs enfants.

Le microbiote maternel au cœur de l’expérience

Souris de laboratoire illustrant l’influence du microbiote maternel étudiée par des chercheurs.

Notre intestin abrite des milliards de micro-organismes qui participent notamment à la digestion et au fonctionnement du système immunitaire.

Les chercheurs de l’Université de Virginie ont voulu savoir si la composition de ce microbiote pouvait également modifier la manière dont l’organisme réagit à une inflammation pendant la grossesse.

Leur étude, publiée en 2018 dans The Journal of Immunology, portait exclusivement sur des souris. Les scientifiques ont provoqué chez des femelles gestantes une réaction immunitaire simulant certains effets d’une infection virale.

Selon le microbiote possédé par les souris avant la conception, les conséquences observées chez leurs petits n’étaient pas les mêmes.

Certains présentaient davantage de comportements répétitifs et d’altérations des interactions sociales, deux critères utilisés dans ce modèle expérimental.

Une transplantation réalisée avant la grossesse

Transfert expérimental de microbiote entre deux souris avant la grossesse.

Pour vérifier que les bactéries intestinales intervenaient réellement dans cette réaction, les chercheurs ont transféré le microbiote de certaines souris vers d’autres femelles avant leur gestation.

Les receveuses ont alors acquis la sensibilité associée au microbiote transplanté.

Lorsqu’une réaction inflammatoire était ensuite déclenchée pendant leur grossesse, leurs petits étaient davantage susceptibles de présenter les anomalies étudiées.

L’expérience ne montre donc pas qu’un microbiote particulier provoque spontanément l’autisme.

Elle suggère plutôt qu’il peut influencer la réponse de l’organisme maternel à une activation immunitaire artificiellement provoquée.

L’IL-17A, une molécule sous surveillance

Illustration du rôle potentiel de l’IL-17A entre l’intestin maternel et le cerveau du fœtus.

Les scientifiques ont également étudié l’IL-17A, une molécule produite par le système immunitaire lors de certaines réactions inflammatoires.

Lorsque son action était neutralisée chez les souris, les petits étaient protégés contre plusieurs anomalies neurodéveloppementales observées dans l’expérience.

Cela laisse penser que le microbiote pourrait agir indirectement sur le cerveau en modulant la production d’IL-17A pendant la grossesse.

Mais bloquer cette molécule chez une femme enceinte ne constitue absolument pas un traitement envisageable actuellement.

L’IL-17A participe à la défense de l’organisme, en particulier contre certaines infections. Modifier son activité pendant la grossesse pourrait donc entraîner des risques importants.

Peut-on appliquer ces résultats aux humains ?

Comparaison entre une étude menée sur des souris et le suivi médical d’une femme enceinte

À ce stade, non.

Une souris ne permet pas de reproduire toute la complexité de l’autisme humain.

Les comportements observés chez les animaux ne constituent pas non plus un véritable diagnostic d’autisme.

  • Cette étude n’affirme donc pas que la flore intestinale d’une mère détermine si son enfant sera autiste.
  • Elle ne permet pas davantage de recommander des probiotiques, un régime particulier ou une transplantation fécale pendant la grossesse.
  • Les chercheurs cherchent surtout à comprendre comment le microbiote, le système immunitaire et le cerveau en développement pourraient communiquer. Ils devront désormais vérifier si certains mécanismes comparables existent chez l’être humain.

En attendant, aucune future mère ne doit se sentir responsable de la composition de son microbiote. Une alimentation variée et un suivi médical régulier restent utiles pour la santé générale, mais aucune méthode n’a démontré qu’elle pouvait prévenir l’autisme en modifiant la flore intestinale.

Cette expérience ouvre donc une porte scientifique passionnante.

Elle ne fournit cependant ni cause unique, ni test, ni solution préventive. Elle rappelle surtout combien le développement du cerveau dépend de mécanismes précoces, subtils et encore largement méconnus.

À votre tour...

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